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À la demande de Véronique, j’ai aussi joué des extraits de ma pièce La Robe blanche, résultat de 20 ans de travail et d’obsessions suicidaires et de quête de vérité, qui raconte l’abus sexuel d’un prêtre sur une petite fille.
À Masteuiatsh, quand j’ai commencé à dire mon texte, les corneilles autour de la tente ont commencé à croasser très fort.
L’inconscient collectif était là.
Mes extraits contenaient les thèmes suivants, choisis pour déranger la rectitude politique concernant les pensionnats:
- La dénonciation de la perversité de l’Église catholique
- La nature du « pardon », de quoi s’agit-il?
- Le crime et la punition. Avoir le courage d’imposer des punitions, de demander réparation.
- La guérison , comment y arriver?
- L’importance de nommer les noms des victimes, et des criminels. Dans La Robe blanche, j’insiste, je dis mon nom, les noms des membres de ma famille, le nom du prêtre et de ses parents, pour sortir du secret, chape de plomb, j’étouffe je vais mourir. « De la troupe des enfants se détache maintenant une petite fille de 5 ans. Elle se nomme Nicole Pelletier. Elle va parler.« Réveiller le besoin de parole si refoulé chez les victimes. J’ajoutais une phrase invitant les gens du public à dire leurs noms. Personne ne l’a fait sur le coup. Mais quelle ne fut pas ma surprise à la fin!
Après la phrase finale :« Le premier pas vers la guérison, c’est de prononcer les mots » , un silence; ensuite les cinq femmes sur scène disaient leur prénom, à tour de rôle. Une longue respiration, pas d’applaudissements. Et soudain, doucement, une personne du public a dit tout haut son prénom, ensuite une autre, et une autre. Je crois que toutes les personnes présentes ont dit leur prénom, parfois le prénom de leurs enfants, des disparus, des souhaits pour l’avenir. Ce fut un des plus grands moments de ma vie. Tout ce pour quoi j’ai travaillé s’est réalisé : l’union de toutes les conditions dont je parle pour que la guérison opère.
Les cœurs éclatent, la reconnaissance déborde. Dans le sens de « connaître à nouveau »!
Des femmes du public sont venues dans l’aire de jeu. Jouer du tambour. Parler avec nous.
Tout le monde avait oublié que nous étions au « théâtre».
C’est ça le vrai théâtre."
Pol Pelletier
(Source: Mon apport spécifique au spectacle; lien sur cette page.)
